LEGENDES
La Légende Féérique Michèle CABANA
Il était une fois une jeune fée espiègle qui, voulant s’amuser aux dépens des hommes, s’ingénia à créer
l’ivraie et l’introduisit dans les champs de blé.
Ses aînées furieuses lui enlevèrent ses pouvoirs à l’exception d’un seul dont elle devait se servir pour
apporter à l’homme un bienfait.
La petit fée, passa des jours à réfléchir.
Un beau matin, assise au pied d’un arbre, elle observa un oiseau qui sautillait de branche en branche et
s’émerveilla de son agilité. Puis, elle croisa une rose, et fut fascinée par sa grande beauté. Et du coup,
l'idée lui vint !
Cueillant la rose et la tenant d’une main, elle souhaita qu’une créature aussi agile que l’oiseau et aussi
belle et gracieuse que la rose fut donnée à l’homme... et un chat apparût!
Ainsi "tout comme les roses, le chat ne griffe que ceux qui ne savent le prendre".
L'or de chat Légende de Bretagne
Au pays de Saint-Malo, il y avait naguère plus de fées dans la mer et sur les grèves qu'on ne comptait
de bergères dans les landes. Un soir de lune, une troupe de fées se livraient à la danse ronde. Il arriva
que douze jeunes gens étaient en fête, quand ils furent un peu chauds de boire, ils décidèrent d'aller
inviter à la contredanse les belles fées de la grève.
Mais, au cours de la danse, elles s'aperçurent que les garçons avaient le souffle court et les jambes de
laine, et elles entrèrent en fureur. D'un coup de leur baguette, elles changèrent les malappris en six
gros matous noirs et six chattes blanches.
Quand elles virent les pauvres animaux miauler de détresse, la bonté naturelle des fées de Saint-Malo
leur attendrit le coeur, et elles promirent aux farauds de les rétablir dans leur forme première aussitôt
qu'ils auraient filé, pour chacune d'elles, un manteau d'or et une robe d'argent tissés dans le seul mica
de la grève. La tâche n'eut pas été longue si les fées n'avaient précisé qu'ils ne pourraient filer que
durant les douze coups de minuit.
Les six matous et les six chattes se mirent au travail sans attendre. Lorsque toutes les fées furent
habillées, elles frappèrent les chats de leur baguette et en refirent des humains. On ne dit pas si
plusieurs siècles avaient passés sur leur tête.
Ce qui est sûr, c'est qu'il est très rare de voir de vrais chats s'égarer sur le sable de mer. A Saint-Malo,
pourtant, "argent de chat" est le nom du mica gris. Quand ce mica s'allume d'un reflet blond, il devient
"l'or de chat", dont se tissait jadis le manteau d'apparat des Dames de la Mer.
Les Chats Sorciers Contes et légendes de Bretagne)
Jadis les chats dont on avait point coupé le bout de la queue
avaient coutume de s'assembler à jour fixe : on les voyait réunis au clair de lune
sur quelque lande déserte, non loin des Roches-aux-Fées et des Pierres-Debout. Ils
délibéraient, graves comme des prêtres à l'église, et personne n'aurait osé passer
près d'eux et encore moins les déranger quand ils tenaient leurs réunions pleinières.
On racontait à la veillée d'étranges et effrayantes histoires à des gens assez
audacieux ou assez fous pour avoir voulu se mêler à leur société : les uns étaient
morts subitement, d'autres avaient été si terrifiés de voir tous les chats darder
vers eux leurs prunelles brillantes comme des charbons ardents et les regarder d'un
air irrité que leurs cheveux étaient devenus blancs en une nuit, et ils tremblaient
encore rien qu'en pensant aux assemblées nocturnes des matous.
Jean Foucault s'en revenait par une belle nuit de la foire où il s'était un peu
attardé dans les auberges, parce que le cidre était bon cette année-là. Il était
tout joyeux et marchait gaiement en chantant à tue-tête, lorsqu'au détour d'un chemin
creux il aperçut tout à coup une nombreuse réunion de chats rangés autour d'une croix
de pierre. Il y en avait de toutes les grosseurs, et de toutes les couleurs ; à la vue
de tous ces matous, la voix du chanteur s'étrangla dans son gosier, et il se mit à
trembler comme un homme qui a les fièvres, car les chats poussaient des miaulements
irrités, voûtaient leurs dos souples où le poil se hérissait, redressaient leurs queues
et le regardaient avec des yeux qui luisaient dans la nuit.
Sa terreur augmenta encore lorsqu'il vit le plus gros de la bande accourir vers lui :
il ferma les yeux, s'attendant à être mis en pièces et récita son acte de contrition.
Mais, au lieu de sentir les griffes du chat s'enfoncer dans sa chair, il s'aperçut que
l'animal se frottait le long de ses jambes en faisant un ronron joyeux comme s'il avait
eu envie d'être caressé. Jean Foucault ouvrit les yeux et reconnu son propre chat qui
se mit à marcher devant lui, et qui tantôt le précédait, tantôt revenait vers lui et
le caressait avec sa queue.
Quand Jean Foucault arriva avec son conducteur à l'endroit où était l'assemblée,
les matous étaient assis tranquillement car le chat avait dit à haute voix à ses
confrères : "Laissez passer Jean Foucault ".
Les Seigneurs des Saigneurs
Les renseignements et les témoignages cités sont extraits des livres :
- Le Musée des Vampires - (Roland Villeneuve et Jean-Louis Degaudenzi)
- Le Livre des Vampires - (Manuela Dunn Mascetti)
Carmilla est l'anagramme de Mircalla, comtesse de Karnstein.
Depuis des siècles, elle apparaît à intervalles réguliers sous divers noms qui
sont tous des anagrammes de l'original, Millarca et Carmilla étant les plus
fréquents. Les traits de la comtesse restent inchangés depuis sa mort. Elle
surgit toujours sous les traits d'une jeune fille d'à peine 20 ans, à la
remarquable beauté. Sa taille dépasse légèrement la moyenne. Elle est mince et
merveilleusement gracieuse; ses gestes sont langoureux, et ses grands yeux, qui
semblent ne jamais ciller, restent fixés longuement sur les choses. Son teint
est resplendissant et ses traits délicats. Ses prunelles sont sombres, immenses
et étonnamment brillantes. Quand à sa chevelure, lorsqu'elle roule défaite sur
ses épaules, est superbe, longue et épaisse, soyeuse et parfumée, d'un brun chaud
aux reflets mordorés. Carmilla s'exprime d'une voix douce, presque chuchotante.
Sa beauté, sa grâce, ses manières exquises et sa conversation la font inviter à
tous les bals de la noblesse.
On sait peu de choses sur elle, car elle demeure extrêmement discrète sur ses
origines, sa famille, sa mère, sa vie ses projets et son environnements. Elle
se protège en prétextant que sa mère lui a fait promettre de ne rien révéler à
qui que ce soit, bien qu'elle affirme, pour ne pas blesser ses amis, qu'elle
leur dira tout le moment venu. En fait, on connaît d'elle trois choses: son nom
est Carmilla, ou tout autre anagramme; sa famille est noble et très ancienne et
enfin, elle vit quelque part à l'ouest.
Carmilla apparaît toujours, la première fois, accompagnée de sa mère et se liant
d'amitié avec une jeune fille de son âge, qui, généralement, vit seule avec son
père dans quelque vieille demeure isolée. Les jeunes gens, et surtout les jeunes
filles, se prennent d'amitié ou d'amour de façon impulsive, et il est attendrissant
pour un père de voir sa propre fille trouver du plaisir, sinon des délices, en
compagnie d'une aussi jeune et noble compagne.
Chacune des aventures de Carmilla se déroule selon le même sénario :
Sa mère est appelée d'urgence pour une affaire de la plus haute importance et
elle doit donc laisser sa fille chérie. Elle la confie donc à cette famille de
rencontre qui promet de bien veiller sur sa douce progéniture jusqu'à son retour,
dans quelques mois. Selon la comtesse, Carmilla ne peut absolument pas la suivre
dans un voyage aussi harassant, car elle est de santé fragile et un peu nerveuse.
Comme elle est très belle et sincèrement attachée à leur propre enfant, les pères
consentent toujours avec joie à accueillir la jeune Carmilla, ne percevant que le
bonheur et la gaieté qu'elle fait entrer ainsi dans leur coeur et leur morne
existence.
Carmilla a des habitudes étranges, surtout pour des hôtes somme toute assez
frustres. Par exemple, elle ne descend jamais de sa chambre avant midi, ne prenant
alors qu'une tasse de chocolat, sans rien manger. Lorqu'elle se promène dans la
campagne, elle s'arrête rapidement,comme si elle était épuisée; elle s'en retourne
alors au château ou bien elle s'assied sur un banc dans le jardin pour se reposer.
La nuit, elle s'enferme à double tour car, dit-elle, elle a peur des voleurs depuis
qu'un de ces malandrins s'est introduit une nuit dans sa chambre, il y a de cela
quelques années, et qu'elle a cru mourir de terreur.
Pourtant, une rumeur commence bientôt à circuler :
on l'aurait aperçue rôdant à l'orée de la forêt en pleine nuit, telle une âme errante.
Elle éprouve de la répugnance envers tous les enterrements. Dès qu'elle aperçoit un
cortège funèbre, elle est littéralement prise d'un accès de rage, son teint devient
livide, son corps se met à trembler, ses poings se serrent ... Mais cet état ne dure
qu'un bref instant et elle reprend vite ses esprits, comme si rien ne s'était produit.
Carmilla est une créature extrêmement sensible, d'une grande sensualité; elle tombe
véritablement et désespérément amoureuse de sa jeune compagne et n'aspire plus, alors,
à rien d'autre qu'à mourir avec elle. Elle l'embrasse sur les joues ou soupire dans
son cou; elle garde longuement la main de son amie contre son coeur ...
Dès que Carmilla s'installe dans une région, on commence à déplorer un certain
nombre de décès, médicalement inexplicables :
Des femmes trépassent de façon inattendue après une courte maladie de 24 heures.
Dans le même temps, la jeune amie de Carmilla, la victime tant aimée et tant chérie,
reçoit les visites nocturnes d'une " chose " qui a l'apparence d'un énorme chat aux
allures sinistres déambulant sans cesse, comme un fauve en cage. Plus la pièce
s'assombrit, plus la " bête " s'approche, pour finalement sauter sur le lit. La victime
ressent alors une douleur au niveau de la poitrine, comme si deux aiguilles s'étaient
enfoncées dans ses chairs.
Carmilla possède deux facultés : elle peut se transformer en chat et se rendre invisible.
La véritable histoire de Mircalla, comtesse de Karnstein est triste et singulière.
De son vivant, au cours de l'année 1698, elle fut mordue par un vampire et devint
vampire elle-même. Un ancêtre du baron Vordenburg, l'homme qui parvint à la détruire
quelques siècles plus tard, l'aimait à la folie, bien qu'il la soupçonnât de vampirisme.
Il vivait dans la terreur de voir un jour les restes de son grand amour profanés par des
rituels posthumes bien connus et censés exterminer les vampires. Le baron avait laissé un
curieux document, dans lequel il s'appuyait sur d'anciens livres d'occultisme pour
démontrer que le vampire, une fois " tué " était rejeté vers une existence bien plus
horrible encore.
Souhaitant épargner un pareil sort à sa bien-aimée, il se rendit au château des
Karnstein et prétendit emporter la dépouille de Mircalla :
En réalité, il changea seulement l'emplacement de la sépulture, creusant la nouvelle
tombe sous des fondaisons inaccessibles. Au moment de mourir, il se rendit compte
qu'il avait rédigé un journal révélant tous les détails de cette opération et pouvant
guider d'éventuels chasseurs de vampires vers l'endroit secret où reposait Carmilla.
Ce journal contenait aussi une confession de la supercherie qu'il avait mise en place.
Le village attenant au château des Karnstein fut abandonné après la mort de la
comtesse, et les descendants des domestiques qui la servirent crurent que la comtesse
avait été bel et bien trouvée, et que son appartenance au monde effroyable des vampires
ayant été prouvée, elle avait finalement été détruite. Mais il n'en était rien, et la
belle comtesse continuait à égorger les femmes par centaines, jusqu'au moment où l'on
découvrit l'emplacement de son tombeau. On lui perça le coeur, et ses restes, réduits
en cendres, furent jetés dans la rivière.
On se sait toujours pas, en revanche qui est cette dame distinguée qui se présentait
comme la mère de Carmilla. Ni où elle se trouve en ce moment...
Les 2 chats blancs de Wangen
D'après Auguste Stoeber, Revue d'Alsace, 1852
«Études mythologiques sur les animaux fantômes en Alsace»,
A Wangen, l'angélus sonne.
Soudain, surgissant de nul part, on les aperçoit, assis là, sur le mur du cimetière,
mystérieux, avec leurs yeux écarquillés qui scintillent dans le crépuscule. Ils restent
lovés là, immobiles.
L'histoire commence pendant l'effroyable guerre de Trente Ans. En 1643 une troupe de
soldats français à pris place forte dans le château de Wangen. La nourriture, qui était
rare pour le peuple dans cette longue guerre, devint encore plus rare. Pourtant, ce n'est
pas le grain qui manquait. Les soldats avaient pillé toutes les réserves environnantes,
réquisitionnant aux habitants leurs stocks de nourriture. À Wangen tout cette récolte fut
amoncelé dans les greniers du château; Ces vivres étaient réservés à la troupe, et les
pauvres gens commençaient à crier famine.
Le Schultheiss [maire du village] alla trouver le magicien du village, qui habitait devant
la porte basse de la ville avec sa femme.
"Que faire devant tant d'injustice et de misère?", lui demanda-t-il.
Le vieil homme écouta longuement les doléances du dignitaire et le rassura.
- Bientôt une armée de souris se répandra dans la ville. Ne leur jetez pas la pierre et ne
les chassez pas de vos balais. Ces animaux seront là pour vous aider. Revenez dans huit jours
et vous aurez tous les grains nécessaires!
Le lendemain le capitaine des troupes vint se plaindre chez le maire.
"Nous sommes envahis par une multitude de souris qui dévorent notre grain. Les villageois
doivent se mobiliser et éradiquer l'invasions."
Le brave Schultheiss se moquait des lamentations du soldat. Il fit semblant d'ameuter la
population, en ayant eu bien soin de prévenir du stratagème.
"N'en prenez cure, et laissez faire les rongeurs."
En quelques jours les souris eurent raison des grains stockés dans les greniers du donjon.
Pas le moindre grains ne restait plus pour la troupe et les soldats quittèrent immédiatement
la ville par manque de nourriture.
La semaine passée, le Schutlheiss retourna auprès du magicien.
"Chose promise, chose dû", dit le magicien.
Le vieil homme appela son épouse et entraîna le maire le long des grandes murailles du bastion
jusqu'à une sombre tour d'angle. Il pénétrèrent par une porte haut placée, à l'aide d'une une
échelle posée là. Un plancher de bois couvrait le sol de l'immense pièce vide.
Le magicien souleva une trappe et sous la mine stupéfaite du Schultheiss apparut une montagne
de grains avec tout autour des centaines de souris grouillantes.
"Mais comment diable, est-ce possible?" bredouillât le maire.
L'enchanteur expliqua que les rongeurs avaient tout simplement «déménagé» leur butin du château
vers cette tour pour bien en profiter tout au long de l'hiver qui s'annonçait rude. C'était mal
connaître le magicien. devant le Schultheiss éberlué, le couple se transforma en deux énormes et
magnifiques chats blancs. Ils se mirent à poursuivre avec agilité et hargne les souris qui,
déconcertées par l'attaque, déguerpirent en une folle fuite à travers ville et champs.
C'est grâce à cette enchantement que la population de Wangen pût être rassasié tout au long de
ce rude hiver.
Les magiciens disparurent à la même époque et depuis lors, de temps en temps, apparaissent les
deux chats blanc. Les habitants de wangen ne connurent plus jamais la famine et l'apparition des
félins est signe de bonheur car tous savent que le vieux couple de magiciens continue de veiller
sur eux.
La Légende d'Ambrosie Céline MANGIN et Audrey KOPP
Nous étions en hivers, au plus froid du mois de janvier. C'était
jour de marché à Bouzonville, le gros bourg au bourg de la Nied. Le froid piquait
cruellement.
Après avoir fait rapidement quelques emplettes, les commères des environs, venues
se raconter le dernières nouvelles des villages voisins, s'étaient réfugiées à
l'auberge " La croix Blanche ", autour d'une boisson revigorante. Leur maris les
avaient précédées. Le café était bondé.
Le cafetier était si occupé qu'il ne s'était pas aperçu que son chat, un gros
matou noir, se frottait contre des jambes des clients en ronronnant, quêtant
effrontément une gourmandise. Il glissait de table en table, vers un endroit où
la conversation était particulièrement animée. L'un des clients appela le tenancier
qui s'approcha, trébucha sur son chat, vacilla, retrouva miraculeusement l'équilibre e
t, furieux, houspilla le malheureux animal qui partit comme une flèche.
Assis à une table voisine, un étranger avait observé tout la scène. Il était
attablé avec deux bouzonvillois qui semblaient bien le connaître. Il s'adressa
au cafetier :
- pourquoi ne te débarrasses-tu pas de ce maudit matou ? Les chats noirs portent
malheur, tu ne le sais pas ?
Avant que le cafetier ,surpris, ne réponde, l'un des deux hommes chuchota :
- Tais-toi, malheureux ! On voit bien que tu n'est pas d'ici ! Tu ne sais pas ce
qu'on raconte dans le pays ?
Devant l'air intéressé de son amis, et surtout parce qu'un silence soudain avait
soudain envahi le café, il reprit, en élevant la voix, tout fier d'être devenu le
centre d'attraction des consommateurs :
- Quand j'était petit, ma grand-mère me racontait beaucoup d'histoires. Il y en a
une qui m'a particulièrement marquée et dont je me souviens bien aujourd'hui encore.
Cela se passait à Alzing, son village natal. A l'écart de cette bourgade s'élevait
une grande masure dont la grange avait brûlé quelques années plus tôt. Les herbes
folles avaient envahi les ruines. Personne n'osait s'en approcher, à part Ambrosie,
sa propriétaire, une vielle femme étrange, très étrange, qui y vivait seule. Elle
s'habillait bizarrement : elle aimait porter une très longue jupe ample qui balayait
le sol, un étroit corsage aux manches usées par les années, des vêtements aux
couleurs voyantes, je dirais même flamboyantes.
Elle jetait sur ses épaules un vieux chandail gris rapiécé de toutes parts. Ses
cheveux flottaient sur ses épaules, longs, crépus, d'un noir d'ébène. Sous son
front haut, parcheminé de fines rides, s'ouvraient deux grands yeux verts bordés
de longs cils noirs épais et recourbés. Son long nez étroit, cassé, séparait deux
pommettes haut placées. Ses lèvres, étroites et sèches, surmontaient un menton
pointu.
Etrange aussi ses faits et gestes ! Ecoutez donc un peu !
On la voyait sortir, les soirs de pleine lune, à la tombée de la nuit. Elle
traversait le village et prenait la direction de la forêt. A plusieurs reprises,
des jeunes gens, curieux et courageux, avaient tenté de la suivre, mais sans
aucun succès. Chaque fois, en arrivant à une clairière, elle leur avait faussé
compagnie, disparaissait sans laisser de trace. Malgré leur attente tenace, aucun
des guetteurs ne l'avait jamais vu rentrer de ses escapades nocturnes. Et pourtant,
au matin, elle était chez elle, et on la voyait qui déposait devant sa porte une
écuelle de lait pour tous les chats errants des environs.
Quand ils avaient fini leur lait, ils s'asseyez en rond, et Ambrosie s'installait
au milieu d'eux. Alors s'élevait un concert de ronronnements, de miaulements, de
cris inhabituels. Ils se parlaient pour sûr !
L'étranger l'interrompit :
- De toute façon, je n'y crois pas à tes sornettes. Toutes les vieilles bonnes
femmes s'occupent de chats qui leur tiennent compagnie. Et elles leur parlent,
sinon elles deviennent folles de ne jamais parler à personne. Des contes à
dormir debout, que tu nous dis là !
L'autre, contrarié, repris :
- Tu ne me crois pas ? Eh bien écoute celle-là ! Elle est aussi sur Ambrosie !
Tandis qu'il se désaltérait, le brouhaha avait repris dans la salle : on commentait
cette histoire incroyable et chacun y allait de son anecdote inouïe. Mais tous se
turent quand la voix du conteur s'éleva de nouveau :
J'adorais ma grand-mère, c'était une cuisinière hors paire ! J'ai encore sur la
langue le goût de ses pâtisseries !
Un jour que j'étais chez elle, le Jean, un grand paysan baraqué, une vraie armoire
à glace ! est arrivé en compagnie de mon grand-père. Il était rude, un peu bourru,
mais il savait bien raconter les histoires.
Les deux hommes revenaient des champs, et comme le Jean l'avait aidé à couper son
foin, grand-père l'avait invité à boire un verre. Je finissais mon gâteau quand
j'ai entendu dans leur conversation le nom d'Ambrosie :
- Grand-père, c'est qui, l'Ambrosie dont vous parlez ?
Mon aïeul a fait celui qui n'avait pas entendu, et il a continué à discuter avec
son amis. Mais le Jean m'a pris sur ses genoux :
- Ecoute, petit ! L'Ambrosie, c'est une femme étrange, très étrange. On raconte
de drôles de choses sur son compte.
Il y a quelques années, on voyait souvent, à la tombée de la nuit, un gros chat
noir qui se promenait dans les rues du village. C'était une grosse boule de poils
noirs avec des yeux verts éclatants. Si on essayait de l'attraper, il le savait
rapidement et disparaissait avec agilité. Pendant la journée, on ne l'apercevait
jamais.
Il avançait sans bruit et, parfois, entrait dans une étable. Les paysans entendaient
alors leur vaches meugler, mais ils n'arrivaient pas à entrer voir ce qui se passait,
car toutes les portes étaient comme bloquées. Au bout d'un moment, le calme revenait
et les portes restaient grandes ouvertes ; les vaches ruminaient tranquillement comme
si rien ne s'était passé. Le lendemain, cependant, elles ne donnaient pas de lait.
Et les paysans se lamentaient :
- Ce maudit chat noir a encore fait des siennes ! Comment allons-nous pouvoir manger,
maintenant ? Plus de lait, plus d'argent ! Plus d'argent, plus de pain ! si seulement
nous arrivions à l'attraper ! Mais il est malin, cet animal ! Il glisse entre les
doigts avec autant d'agilité qu'une vipère.
Sans me vanter, a continué le Jean en regardant mes grands parents, je suis un
excellent tireur : j'ai remporté plusieurs concours régionaux de tirs en tout
genre. Et cette sale bête avait souvent tété mes bêtes, laissant mes meilleurs
laitières sèches comme des taureaux !
J'ai ramassé un gros caillou et je me suis mis à l'affût près de l'étable. Quand
le chat est sorti, j'ai tiré, et, au milieu des ovations de mes camarades, j'ai
atteint ma cible. Le chat a miaulé horriblement, et il est parti d'un pas incertain,
en boitant : je l'avais atteint à la patte de derrière, la patte droite, je m'en
souviens bien ! C'est comme si c'était hier ! Il s'est éloigné vers la forêt.
Quelques heures plus tard, à la nuit tombée, l'épicier rentrait chez lui après
avoir réglé quelques affaires à son magasin. La lune brillait tellement qu'on
aurait pu lire le journal. Et qui voit-il sortir de la forêt, toute boitante et
cahotante ?
- L'Ambrosie, ai-je demandé ?
- Oui l'Ambrosie elle même, mon garçon. Voilà un petit gars malin, n'est-ce pas,
Vincent ?, dit le Jean en s'adressant à mon grand-père. Elle avait de la peine à
marcher cette vieille sorcière ! Sa jambe droite semblait toute raide, et elle
s'appuyait sur un bâton.
Le lendemain matin, alors que le Matz revenait de sa promenade matinale, il a vu
l'Ambrosie qui déménageait à la cloche de bois, entassant tous ses meubles sur
une vieille charrette empruntée à un voisin.
Etrange coïncidence : à partir de ce jour, quand Ambrosie fut partie, on ne revit
jamais le gros chat noir !
J'ai fini le gâteau qui était resté inachevé dans ma main pendant toute l'histoire
du Jean.
Tu vois que je ne te raconte pas de blagues, s'exclama en riant le raconteur en
tapant sur l'épaule de l'étranger. D'ailleurs, si tu viens à Alzing, on te racontera
bien des histoires au sujet d'Ambrosie, et on te soutiendra mordicus qu'elle vit
encore !
- Jeune homme, il ne faut jamais critiquer les chats noirs ! Ils cachent peut-être
un être humain, sait-on jamais ? Aubergiste, j'ai soif ! Sers nous encore une
tournée !
Les commentaires avaient repris de plus belle dans le café. C'est qu'on en connaît
des histoires de sorcières dans la région ! Et chacun voulait apporter son
témoignage !
Tout le monde se tut de nouveau quand l'étranger se leva, paya son écot et s'éloigna
avec une grâce féline. Il leur sembla soudain étrange, très étrange, avec ses yeux
verts étincelants.
Le chat du cafetier, ronronnant sur le seuil, le suivit longuement de son regard
énigmatique, jusqu'à ce qu'il ait disparu, absorbé par la foule.
Comment Diane fit les étoiles et la pluie Chapitre III de l'évangile des sorcières, Traduction française, Spartakus FreeMann (Juin 2002 e.v.)
Diane fut la première créée avant toute création ; en elle
étaient toutes choses ; à partir d’elle-même, Ténèbres Primordiales, elle se
divisa ; en Ténèbre & en Lumière fut-elle divisée. Lucifer, son frère & fils,
d’elle-même & de sa seconde moitié, était la Lumière.
Et lorsque Diane vit que la Lumière était si belle, la Lumière qui était sa
seconde moitié, son frère Lucifer, elle languît pour lui d’un immense désir.
Désirant recevoir à nouveau la Lumière en sa Ténèbre, désirant l’absorber en
extase, en délice, elle trembla de désir. Ce désir fut l’Aube.
Mais Lucifer, la Lumière, s’enfuit d’elle, & ne voulu pas accéder à ses désirs
; il était la Lumière qui file dans les régions les plus reculées des Cieux,
il était la souris qui file devant le chat.
Alors Diane se rendit auprès des Pères du Commencement, des Mères, des Esprits
qui étaient avant le Premier Esprit, & elle se lamenta auprès d’eux qu’elle ne
pouvait persuader Lucifer. Et ils la louèrent pour son courage, ils lui dirent
que pour s’élever elle devait chuter, que pour devenir la première des déesses
elle devait devenir mortelle.
Et dans les Ages, dans course du temps, quand le monde fut créé, Diane descendit
sur terre, comme le fit Lucifer, qui avait chuté, & Diane enseigna la Magie &
la Sorcellerie, dont proviennent les Sorcières & les Fées & les Goblins - tous
êtres à la ressemblance de l’homme bien qu’immortels.
Et il advint alors que Diane prit la forme d’un chat. Son frère avait un chat
qu’il aimait par dessus toutes les autres créatures, & le chat dormait chaque
nuit dans son lit, un magnifique chat plus beau que toutes les autres créatures,
une Fée, mais cela il ne le savait pas.
Diane persuada le chat de changer de forme avec elle pour qu’ainsi elle puisse
reposer avec son frère, & sans l’obscurité assumer sa propre forme, & ainsi
par Lucifer devenir la mère d’Aradia. Mais quand au matin il découvrit qu’il
reposait à côté de sa soeur, & que la Lumière avait été vaincue par la Ténèbre,
Lucifer en fut très contrarié, mais Diane lui chanta un sort, un chant de
pouvoir, & il fut silencieux, le chant de la nuit qui plonge dans le sommeil ;
il ne pouvait rien dire. Ainsi Diane avec ses dons de sorcellerie le charma
lui qui ne voulait pas céder à son amour. Cela fut la première des fascinations,
elle fredonna le chant, c’était comme un bourdonnement d’abeilles, un rouet
filant la vie. Elle fila les vies de tous les hommes ; toutes choses furent
filées sur le Rouet de Diane. Lucifer tournait la roue.
Diane n’était connue des Sorcières & des Esprits, des Fées & des Elfes qui
habitent les lieux déserts, des Gobblins, comme étant leur mère ; elle se
dissimula par humilité & fut mortelle, mais par sa volonté elle s’éleva à
nouveau au-dessus de tous. Elle avait une telle passion pour la Sorcellerie,
& devint si puissante, que sa grandeur ne pu plus être cachée.
Une nuit passa, à la réunion de toutes les Sorcières & des Fées, elle déclara
qu’elle obscurcirait les Cieux & transformerait toutes les étoiles en souris.
Tous ceux qui étaient présents dirent :
" Si vous pouvez produire une chose aussi extraordinaire, c’est que vous avez
du vous élever à un très haut niveau de puissance, alors vous serez notre Reine."
Diane se rendit dans la sue, elle prit la vessie d’un boeuf & un morceau d’écu
de sorcière qui a un côté comme un canif - avec un tel écu, les sorcières lacèrent
la terre dans les traces de pas des hommes - & elle lacéra la terre & avec cette
terre & de nombreuse souris elle en remplit la vessie & elle souffla dans la vessie
jusqu’à ce qu’elle éclate.
Et alors advint une grande merveille, car la terre qui était dans la vessie devint
les Cieux du dessus, & pendant trois jours il y eut une Grande Pluie ; les souris
devinrent les Etoiles & la Pluie. Et ayant créé les Cieux & les Etoiles & la Pluie,
Diane devint la Reine des Sorcières ; elle était le chat qui régnait sur les
Souris-Etoiles, les Cieux & la Pluie.